Un promonto de 85 mètres : la frontière la plus courte du monde, un enjeu oublié
Une corde bleue, une ligne ténue tracée sur le sable, marque la limite entre l’Espagne et le Maroc. 85 mètres seulement, une distance ridicule pour un point de discorde géopolitique de longue date.
Vélez de la gomera : un bastion espagnol isolé
Ce minuscule promontoire, le Peñón de Vélez de la Gomera, est bien plus qu’une curiosité géographique. Il s’agit d’une base militaire espagnole, un symbole de la présence espagnole dans le détroit de Gibraltar et un enjeu stratégique majeur. Depuis des siècles, il est le théâtre d’une lutte sans fin entre Madrid et Rabat.
La histoire de ce territoire est riche en rebondissements. Conquisté par le roi Ferdinand en 1508 pour contrer les pirates barbaresques, il fut successivement perdu et repris par les Espagnols au XVIe siècle. Mais ce n’est que depuis 1564, sous le règne de Philippe II, que Vélez de la Gomera est resté une possession espagnole incontestable, protégée par des troupes fidèles.

Un microcosme isolé
Pendant des décennies, le promontoire a abrité une communauté humaine, atteignant un millier d’âmes. Ses rues pavées, aux murs blanchis à la chaux, évoquaient un village andalou. Pourtant, les épidémies de peste, de scorbut et de fièvre jaune ont décimé sa population au fil des siècles, laissant derrière elles un cimetière silencieux.
Aujourd’hui, le promontoire dépend de la Capitainerie maritime de Melilla et est gardé par le Groupe de Réguliers de Melilla n° 52, une unité reconnue pour son courage et son dévouement. Ces soldats, équipés de leurs turbans rouges, sont les seuls à veiller sur ce territoire isolé.

La fragilité d’une frontière
Le Peñón de Vélez de la Gomera est un défi logistique constant. Absence de sources d’eau potable et de forêts, il faut importer toute sa ressource hydrique depuis Malaga et transporter des équipements, comme des hélicoptères, via la péninsule.

L’espagne, un rempart face à la menace
La présence militaire espagnole sur Vélez de la Gomera, et sur les îles d'Alhucemas et d'Alboran, constitue un élément essentiel de la défense de l'Europe de l'Est. Des avions de combat, tels que les F-18 et les Eurofighters, sont constamment en alerte, prêts à intervenir en cas de besoin. Comme l’explique le pilote Naranjo : « Sur la péninsule, une unité de F-18 et de Eurofighter est toujours en alerte. »

Un point de bascule stratégique
Situé à mi-chemin entre les villes autonomes de Ceuta et Melilla, Vélez de la Gomera est un carrefour stratégique. Il a été le théâtre d’incidents avec le Maroc, notamment en 2002, lors de l’occupation de l’île d’Almançor. Mais, malgré les provocations, les troupes espagnoles maintiennent leur présence, protégeant ce minuscule territoire de 0,019 kilomètres carrés. Comme le souligne l’opérateur des opérations spéciales, Esmeralda Ruiz : « Servir et aimer son pays, c’est protéger et aimer sa famille. »

Un symbole de résilience
La frontière, désormais délimitée par une corde bleue, témoigne de la persévérance de l’Espagne. Elle est le symbole d’un engagement indéfectible, d’une volonté de maintenir la présence espagnole dans une région stratégique, malgré les défis et les menaces. Vélez de la Gomera n’est pas une simple île, c'est une histoire, un défi, une frontière. »n ,n