Silicon valley perd une âme : un pionnier alerte sur la manipulation algorithmique

Presque tout ce que nous utilisons aujourd’hui renferme désormais un microprocesseur. De nos smartphones à nos voitures, en passant par nos ordinateurs et les appareils électroménagers, la technologie est omniprésente. Mais derrière cette réalité tangible, une inquiétude grandissante se fait entendre.

Federico faggin, le visage tourné vers le passé

Federico faggin, le visage tourné vers le passé

Federico Faggin, physicien et ingénieur italien, figure emblématique de la Silicon Valley, a décidé de revenir dans sa ville natale, Vicenza, après plus de cinquante ans passés aux États-Unis. Un retour qui ne se fait pas dans la simple nostalgie, mais avec une profonde remise en question.

Cet homme, qui a contribué à façonner le paysage technologique américain, observe aujourd’hui avec un mélange d’orgueil et de déception le devenir de la Silicon Valley. Il la juge fondamentalement différente de celle qu’il a connue dans les années 70, un bouillonnement d’idées et de possibilités.

Comme il l’explique à Corriere della Sera, le logiciel a aujourd’hui pris le pas sur la fabrication de produits concrets. « Aujourd'hui, le logiciel est utilisé pour tromper les gens », déclare Faggin, sans pour autant diaboliser l’outil. Sa critique porte sur le modèle d’entreprise qui s’est imposé, celui qui privilégie la collecte et l’exploitation des données personnelles au détriment de la création d’outils réellement utiles pour les utilisateurs.

Dans les années 70, la Californie était un lieu où la réponse à un défi n’était pas toujours un « non », mais plutôt un « comment faire ? ». Un espace fertile où l’innovation était une priorité, et non une simple question de rentabilité.

L’inventeur du microprocesseur, reconnu internationalement, notamment grâce à son rôle clé dans le développement du premier microprocesseur commercial, l’Intel 4004, a été salué par Bill Gates lui-même, qui disait que sans lui, la Silicon Valley ne serait restée qu’un simple vallon. Il a fondé Zilog et créé le microchip Z80, toujours utilisé aujourd’hui dans certains systèmes. Il a même reçu la Médaille Nationale de la Science et de l’Innovation des États-Unis en 2010, une reconnaissance majeure.

Mais sa carrière n’a pas toujours été pavée de succès. Faggin a dû lutter pour faire reconnaître son rôle dans l'invention du microprocesseur, sa femme, Elvia, l'ayant soutenue dans cette bataille. Aujourd’hui, son attention se porte sur une nouvelle dimension : la défense du libre arbitre.

Il dirige désormais la recherche sur la conscience, la cognition humaine et l’intelligence artificielle, avec une préoccupation grandissante quant au potentiel de ces technologies à manipuler les décisions et les opinions. Il plaide pour une éthique non réductible à un simple algorithme, et met en garde contre la confiance aveugle accordée aux technocrates. Son travail, mené en collaboration avec l’entreprise P49 à Padoue, vise à développer une IA centrée sur l’humain. En quitteant le cœur battant de la Silicon Valley, son prochain défi ne sera pas de concevoir des puces plus puissantes, mais de s’assurer que la technologie ne décide plus de nous.