L'ia déboule sur wall street : les géants du numérique se financent à crédit

La course à l'intelligence artificielle a un coût colossal. Google, Meta et d'autres mastodontes technologiques se lancent dans une frénésie d'emprunts pour alimenter le développement de leurs systèmes d'IA et soutenir l'émergence de startups prometteuses. Une stratégie audacieuse, voire risquée, qui redessine les règles du financement.

Endettement massif : les géants technologiques misent sur l'ia

Pour construire les infrastructures nécessaires à l'essor de l'IA – centres de données, réseaux, puces – les entreprises technologiques se tournent massivement vers les marchés financiers. Google, par exemple, a enregistré plus de 97 000 millions de dollars de revenus au quatrième trimestre 2025. Pourtant, l'option de l'emprunt semble plus séduisante que jamais. Le financement par dette, longtemps relégué au second plan, est désormais une réalité incontournable.

650 000 millions de dollars. C'est le montant total estimé des dépenses en infrastructures liées à l'IA que prévoient de réaliser quatre des plus grandes entreprises technologiques américaines cette année. Cette somme colossale révèle l'ampleur des enjeux et l'urgence de la compétition.

Amazon.com Inc. a récemment réalisé une levée de fonds record en Europe, 14 500 millions d'euros, via l'émission d'obligations. Le géant du commerce en ligne a également contracté un emprunt de 37 000 millions de dollars sur le marché américain, la quatrième plus importante émission d'obligations d'entreprises jamais enregistrée aux États-Unis. Ces mouvements témoignent d'une confiance accrue des investisseurs, mais soulignent aussi les risques liés à une dette croissante.

Des structures financières complexes pour dissimuler la dette

Face à ce besoin de financement massif, les entreprises technologiques utilisent des mécanismes financiers sophistiqués, comme les Special Purpose Vehicles (SPV). Ces entités juridiques distinctes permettent de maintenir la dette en dehors du bilan de la société mère, protégeant ainsi sa notation de crédit. Par exemple, xAI d'Elon Musk a levé 20 000 millions de dollars via des SPV pour financer l'acquisition de puces, qu'elle a ensuite reversées à xAI par le biais de contrats de location à long terme.

Alphabet a même fait appel à des stratégies inédites, comme la vente d'obligations à 100 ans, un type d'opération que l'on ne voyait pas depuis les années 1990. Cette initiative a séduit les investisseurs à long terme, comme les assureurs et les fonds de pension. La demande a été forte, signe de l'intérêt pour les projets d'IA de long terme.

Oracles Corp. s'inscrit également dans cette tendance. Le géant des bases de données utilise à la fois la dette d'entreprise et les prêts spécifiques pour financer le développement de ses centres de données, tout en investissant massivement dans des puces à haute performance. La course à la puissance de calcul est telle que les entreprises sont prêtes à s'endetter massivement pour y parvenir.

Un risque de surcapacité à long terme ?

Si les financements par dette restent relativement faibles par rapport aux flux de trésorerie opérationnels (environ 80 à 90%), l'ampleur des emprunts soulève des questions. Une dette excessive pourrait fragiliser les modèles financiers des entreprises et limiter leur capacité à obtenir des financements à bon coût. De plus, cette vague d'emprunts pourrait absorber la demande des investisseurs, affectant d'autres secteurs.

Le risque de surcapacité est également réel. Comme lors de la bulle Internet, les entreprises pourraient se retrouver avec des infrastructures – centres de données, puces – obsolètes, incapables de répondre à la demande réelle. La prudence est donc de mise. L'IA promet une révolution, mais elle ne garantit pas une croissance exponentielle et continue.

Cette frénésie d'emprunts pour financer l'IA illustre une nouvelle donne. Les géants du numérique ont misé sur l'avenir, mais n'oublient pas les leçons du passé. Le prix à payer pour dominer cette révolution technologique pourrait s'avérer plus élevé que prévu.