Le pentagone mise sur emil michael pour calmer les tensions avec anthropic

Le Pentagone tente de désamorcer une crise majeure avec Anthropic, la société d'intelligence artificielle dont les avancées suscitent à la fois fascination et inquiétude. Pour cela, il fait appel à une figure controversée : Emil Michael, un négociateur réputé pour son approche agressive.

Un médiateur au passé tumultueux

Un médiateur au passé tumultueux

L'objectif ? Apaiser les tensions liées au refus d'Anthropic de voir ses technologies utilisées dans des décisions stratégiques de défense par le gouvernement américain. Les discussions sont au point mort, le Pentagone ayant même classé Anthropic comme un « risque pour la chaîne d'approvisionnement », une qualification habituellement réservée aux adversaires.

Emil Michael, ancien sous-secrétaire à la Défense pour la Recherche et l'Ingénierie, est connu pour son style direct, voire impitoyable. Son passage chez Uber, où il a été un acteur clé de l'expansion fulgurante de la société, s'est soldé par une expulsion du conseil d'administration suite à des allégations de mauvaise conduite. Il est pourtant celui qui a permis à Uber de passer de 50 villes à plus de 1 000 en seulement quelques années.

Mais son expérience ne s'arrête pas à Uber. Michael, ancien boursier de la Maison Blanche sous Barack Obama et assistant spécial de Robert Gates, possède une connaissance approfondie des rouages de la politique américaine. Il a navigué entre les deux camps, finançant à la fois Hillary Clinton en 2016 et Donald Trump en 2024, une position qui suscite des interrogations quant à son impartialité.

Le Pentagone cherche à apaiser les inquiétudes d'Anthropic, notamment concernant l'utilisation de ses technologies pour la surveillance de masse et le développement d'armes autonomes. Michael est chargé de convaincre la société que ses préoccupations seront prises en compte. Il s'est déjà entretenu avec des centaines d'entreprises technologiques depuis son arrivée au ministère, mais ses méthodes ont déjà fait l'objet de critiques.

Il a publiquement critiqué Anthropic et son PDG, Sam Altman, qualifiant ce dernier de « menteur » et d'affligé d'un « complexe de Dieu ». Selon Bloomberg, lors d'une conférence d'Andreessen Horowitz, Michael a affirmé que les problèmes avec Anthropic allaient « bien au-delà de ce qui a été rapporté par la presse ». Il a également déclaré à la CNBC que le Pentagone ne pouvait pas s'associer à une entreprise dont les préférences politiques contaminaient la chaîne d'approvisionnement.

Certains alliés de Michael, comme Joe Lonsdale, cofondatrice de Palantir, soutiennent qu'il est précisément le type de personne dont le Pentagone a besoin : quelqu'un qui comprend réellement la Technologie et qui est prêt à travailler d'arrache-pied. Son expérience et ses liens à Washington sont considérés comme des atouts précieux.

Mais l'affaire souligne un défi majeur : celui de concilier les impératifs de sécurité nationale avec les préoccupations éthiques et les choix technologiques des entreprises d'intelligence artificielle. Le débat sur la régulation de ces technologies ne fait que commencer.

Le succès de la mission de Michael, et par extension, de la politique du Pentagone, aura des conséquences sur la future direction de l'intelligence artificielle militaire.