Clones à vide : une entreprise californienne ose redéfinir la vie et la mort

Une entreprise, R3 Bio, basée à Richmond en Californie, se livre à une entreprise audacieuse et inquiétante : la création de corps humains clonés, dépourvus de cerveau. Un projet qui, loin d’être une simple fiction, est financé par des investisseurs discrets et alimente un débat éthique majeur.

Une façade de recherche en organes

Une façade de recherche en organes

Officiellement, R3 Bio se présente comme un acteur majeur dans la production de « sacs d’organes » à partir de primates non-sentiens, une alternative aux modèles animaux utilisés en recherche pharmaceutique. Mais une enquête du MIT Technology Review révèle une ambition bien plus radicale : l’exploitation de clones comme réserves biologiques de pièces détachées.

John Schloendorn, le fondateur de R3 Bio, a ouvertement évoqué la possibilité de remplacer des organes par des corps clonés dépourvus de structure cérébrale, une approche qu’il qualifie de « clones sans cerveau ». Des présentations privées à des fonds d’investissement et des forums spécialisés en longévité ont dévoilé ce plan controversé.

L'ambition démesurée : créer des répliques biologiques, génétiquement conçues pour ne posséder aucune structure cérébrale, capables d’abriter des organes compatibles immunologiquement. L’étape finale ? Le remplacement total du corps par un « clone », un processus que l’entreprise nomme « remplacement corporel total ».

Tim Draper, un milliardaire américain connu pour avoir investi dans des entreprises considérées comme marginales, figure parmi les investisseurs de R3 Bio. Les fonds Immortal Dragons et LongGame Ventures complètent ce cercle financier, témoignant d’une prise de risque considérable dans un secteur en pleine expansion. Lors d’une conférence à Boston, Schloendorn a même exposé publiquement ses recherches sur l'utilisation de clones comme réserves biologiques, suscitant l'étonnement et l'inquiétude de l'audience.

La réalité ? Les premiers résultats sont limités : R3 Bio a jusqu’à présent cloné des rongeurs, sans produire de « sacs d’organes » fonctionnels ni un clone humain. La communauté scientifique reste sceptique, soulignant les énormes distances techniques entre la clonage d'un rat et celui d'un primate, ainsi que les implications éthiques et légales considérables de ce projet.

Ce financement massif, malgré l’absence de résultats concrets, reflète la frénésie ambiante dans l’industrie de la longévité, où les frontières entre la recherche sérieuse et la science-fiction se brouillent dangereusement. Rovi et Roche prévoient de produire un nouveau médicament contre l’obésité en Espagne, une collaboration qui illustre cette tendance à l’extrême. Il est frappant de constater que l’audace de R3 Bio, autrefois considérée comme une fantaisie, se matérialise progressivement, soulevant des questions fondamentales sur l’avenir de la médecine et de l’humanité.