Le modèle norvégien, une référence en matière de réduction du temps de travail
En Europe, un spectre hante les gouvernements et les entreprises : celui de la réduction du temps de travail. L'Espagne est un des pays qui étudie progressivement la mise en place de semaines plus courtes, de 37,5 heures d'abord, puis peut-être moins, dans le but d'améliorer la productivité sans augmenter les coûts. Lors de ce débat, un pays revient souvent comme référence : la Norvège. Le modèle norvégien va bien au-delà de la combinaison de journées plus courtes et de salaires élevés, il associe également des niveaux de productivité parmi les plus élevés d'Europe.

La norvège, un pays qui défie les clichés
La semaine de travail typique norvégienne se situe en moyenne autour de 37,5 heures, souvent distribuées en journées de 7,5 heures sans compter la pause déjeuner. Bien que la législation fixe un plafond de 40 heures hebdomadaires, les accords collectifs et la pratique entrepreneuriale ont réduit ce seuil dans la plupart des secteurs. Résultat, le pays se place parmi les économies développées travaillant le moins.
Travailler moins ne freine pas la productivité
Un des arguments les plus récurrents contre la réduction du temps de travail est qu'elle pourrait nuire à la productivité ou freiner la croissance économique. Mais l'expérience norvégienne suggère le contraire. Le pays scandinave figure régulièrement parmi les économies les plus productives par heure travaillée au sein de l'OCDE. Ce rendement s'explique par plusieurs facteurs structurels : une Économie hautement spécialisée (secteurs comme le pétrole, le gaz ou la technologie), une main-d'œuvre dotée de niveaux élevés de formation et une forte investissement dans l'homme.
Les employés norvégiens décomptent environ 1 377 heures de travail par an, très en dessous de la moyenne de l'OCDE qui se situe aux alentours de 1 700 heures annuelles. Cette charge horaire plus faible est liée à une heure de travail standard proche de 37,5 heures hebdomadaires, conjuguée à des taux d'emploi élevés (environ 69,5 %) et des niveaux de chômage relativement bas, situés aux alentours de 4,3 % en 2025.
Cependant, le fonctionnement du modèle ne se réduit pas à des variables économiques. Il a également une base culturelle. Dans le marché du travail norvégien, prédomine l'idée de travailler de manière efficace dans un horaire limité, évitant ainsi le sur-place qui persiste encore dans d'autres pays. À cela s'ajoute un cadre juridique qui protège clairement les temps de repos. La législation du travail établit des limites strictes pour éviter les journées excessives et favoriser la conciliation. Parmi d'autres règles, les travailleurs doivent disposer d'au moins 11 heures de repos entre les journées et un minimum de 35 heures consécutives de repos hebdomadaire. Les heures supplémentaires sont également fortement réglementées. Toute heure supplémentaire au-delà du temps acordé est considérée automatiquement comme travail extraordinaire et doit être rémunérée avec un majoration minimale de 40 % sur le salaire ordinaire.
Leçons à tirer pour l'Espagne
Pour l'Espagne, où la réduction du temps de travail revient au centre du débat politique et économique, l'exemple norvégien offre plusieurs leçons. La première est qu'une réduction de l'horaire ne fonctionne pas comme une mesure isolée. Elle nécessite des changements organisationnels, une culture de productivité et des négociations collectives. La deuxième est que la clé n'est pas simplement travailler moins sans plus, mais travailler mieux. Alors que la journée standard en Norvège se situe en moyenne à 37,5 heures hebdomadaires et les heures travaillées annuellement approchent les 1 350, en Espagne, le chiffre dépasse les 1 600 heures par an, selon les données de l'OCDE. Cependant, le pays scandinave maintient des niveaux de productivité par heure de travail parmi les plus élevés d'Europe. La combinaison de journées plus compactes, d'une forte négociation collective et d'une culture moins marquée par le sur-place explique en partie cette écart.